Femmes en situation d’itinérance (FSI) au Québec : besoins, services et marginalisation

Femme Genre Immigration Social Travail

Au Québec, une augmentation notable du nombre de femmes en situation d’itinérance (FSI) est observée. Ces femmes présentent des besoins genrés spécifiques. Un important décalage existe entre leurs besoins et les ressources disponibles. Cependant, peu d’études ont examiné comment cela influence leurs stratégies de survie. Cette question a été approfondie en dressant un portrait des FSI, des ressources disponibles et de leur relation ensemble. Un intérêt particulier a aussi été porté sur les impacts des inadéquations des services sur la marginalisation et les stratégies de survie déployées par les FSI. Les données présentées proviennent d’une revue narrative critique réalisée à l’aide de moteurs de recherche, tels que Google Scholar et Sofia. Des écrits québécois et canadiens ont été utilisés.

LES FEMMES EN SITUATION D’ITINÉRANCE 

Parmi les FSI, on retrouve beaucoup de femmes en situation d’itinérance cachée, c’est-à-dire vivant temporairement chez d’autres sans garantie de logement stable. L’itinérance féminine tend ainsi à être invisible aux yeux de la population. Les femmes immigrantes, les femmes autochtones, les mères, les femmes transgenres et les jeunes femmes se retrouvent à être particulièrement représentées parmi les FSI. L’itinérance féminine est souvent liée à des facteurs comme les dépendances, les troubles de santé, l’institutionnalisation, l’isolement social, les responsabilités familiales et les violences. Par-dessus tout, c’est l’accumulation de facteurs de risque, tels que les inégalités de genre, les violences subies, les conditions sociales et les pressions systémiques qui sont davantage susceptibles de mener à l’itinérance féminine. Ces risques s’accumulent dès la naissance pour mener progressivement à l’itinérance.

STRATÉGIES DE SURVIE ORIENTÉES ENVERS LES BESOINS  

Les FSI développent diverses stratégies pour survivre et répondre à leurs besoins d’être logée, alimentée et d’avoir des soins psychosociaux et de santé. Or, leurs témoignages montrent que le besoin leur étant le plus important est le besoin de sécurité face aux violences. Parmi les stratégies utilisées, on retrouve notamment :

Le «couch surfing » soit le fait de transiter d’un divan à l’autre chez des personnes acceptant de les accueillir temporairement.

Certaines iront vivre dans des lieux perçus comme moins dangereux que la rue (maisons de chambres, voitures, immeubles abandonnés).

Pour d’autres, des activités comme la prostitution de survie leur permettront de pouvoir combler leurs besoins de base en échange de services sexuels.

Parmi le 7% des FSI qui vivent à la rue, certaines ont recours à des moyens tel qu’avoir un chien ou négliger intentionnelle-ment leur hygiène et apparence personnelle pour se protéger des violences physiques et sexuelles.

Certaines développeront des relations avec des hommes proxénètes afin que ceux-ci les protègent. Ces stratégies les exposent paradoxalement à davantage de violences, de vulnérabilité et de marginalisation.

D’ailleurs, même les dispositifs d’aide pour les FSI peuvent contribuer à maintenir ou détériorer la situation. En raison de la durée limitée des solutions proposées, ces femmes passent souvent d’un service à un autre dans le but de survivre et d’assurer leur sécurité. Ce phénomène est appelé « porte tournante ». Ce va-et-vient empêche la stabilité et limite l’accès aux ressources nécessaires à une réinsertion sociale.  En conséquence, certaines finissent par dépendre des ressources et perdent peu à peu la capacité de retrouver une vie autonome.

SERVICES DISPONIBLES  

Au Québec, on retrouve des services tels que des centres de jour et des centres d’hébergement. À Montréal, 27 des 75 ressources disponibles s’adressent aux femmes et 12 ressources s’adressent à des populations mixtes. Cependant, plus on s’éloigne des grandes villes, plus l’accessibilité et la diversification des dispositifs d’aide sont réduites. Concernant le taux d’occupation des ressources au Québec, il est de 103% dans les ressources destinées aux FSI comparativement à 85,7 % pour les ressources pour hommes ou mixtes. Les ressources dédiées uniquement aux femmes sont donc insuffisantes.

OBSTACLES 

Les FSI hésitent à utiliser les ressources d’aide pour plusieurs raisons. Certaines craignent de devoir partager leur histoire personnelle ou de prouver leur volonté de changer leur situation. Des obstacles comme la distance ou le manque de ressources, notamment pour les mères, compliquent également leur accès. Le manque de prise en compte de leur genre dans les interventions est aussi une source de démotivation. Certaines femmes évitent ces services pour ne pas avoir à s’identifier comme étant en situation d’itinérance, cherchant à éviter la stigmatisation et à préserver une certaine image.

LES BONNES PRATIQUES !

Les interventions pour accompagner les FSI doivent être adaptées à leurs besoins spécifiques en étant centrées sur la sécurité, l’appartenance et l’autonomie.

La reconstruction de soi est parmi les pratiques d’intervention à prioriser selon la littérature scientifique.

C’est en ce sens que l’organisme communautaire La rue des Femmes, en agissant sur les conditions environnementales, favorise l’autonomie des femmes dans leurs interventions.

  1. Créer un « chez soi » pour les FSI : Il s’agit d’offrir un lieu sécurisant et accueillant où les femmes peuvent se reconstruire, tisser des liens et développer un certain ancrage. Cela leur permet de reprendre du contrôle sur leur vie et de créer un réseau d’appartenance.
  2. Favoriser l’entre soi féminin : Il est ici question de créer des espaces réservés aux femmes pour les protéger des risques de victimisation présents dans les environnements mixtes. D’autres pratiques, comme le développement de logements avec soutien communautaire, des groupes de discussion axés sur l’empowerment et un accompagnement personnalisé, ont également des effets positifs.

CONCLUSION : Les services pour les FSI sont souvent peu adaptés à leur réalité et à leurs besoins. Certaines, à défaut d’accéder aux services, optent pour des stratégies de survie risquées qui aggravent leur marginalisation et leur insécurité. Certaines se retrouvent dans un cycle perpétuel où elles doivent passer d’un service à l’autre, sans jamais trouver la stabilité qui les aiderait à accomplir une réinsertion sociale durable. Pour résoudre ce problème, il est crucial de repenser les pratiques d’intervention et d’agir sur les inégalités sociales qui renforcent leur précarité, afin de prévenir ces stratégies dangereuses et de favoriser leur retour à une vie stable.

article scientifique bureaucratie Immigration migration mémoire psychosociaux Social Travail étudiants

Laisser un commentaire